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Je ne veux pas de filles

Dernière mise à jour : 16 oct. 2020

*Mise à jour: pour ceux qui n'ont pas compris, le titre est ironique. Je suis bien consciente que je ne décide pas*


J’ai regardé mon conjoint et je lui ai dit: « je ne veux pas d’enfants et si jamais je change d’idée, je ne veux pas de filles ».

Je ne crois pas qu’il comprend.

Il ne peut pas vraiment comprendre en fait et je ne peux pas lui en vouloir.


Je réalise à quel point les petites filles, les jeunes femmes et les femmes vivent des atrocités.

C’est tabou.

Personne n’en parle, donc personne ne croit que c’est si pire que cela.

Lorsqu’on commence à écouter les histoires, lorsqu’on croit les histoires de celles qui prennent tout leur courage pour les crier, on finit par réaliser que l’on connaît tous quelqu’un.

Le pire est quand on finit par réaliser que ça nous est peut-être même arrivé...


Je n’en ai pas de problème moi. Ma vie est simple et je n’ai rien vécu qui sort de l’ordinaire. Je ne suis pas concernée par les mouvements de femmes frustrées.

C’est ce que je pensais.

Pourtant, au fur et à mesure que j’entends des histoires, je réalise qu’il y a des comportements/actions/anecdotes que je considère comme banals et qui ne le sont pas.


Je pense au nombre de fois que j’ai enlevé la main d’un inconnu sur mes fesses au bar.


Je pense aux commentaires, ces nombreux petits commentaires.


Je pense à un mon employeur qui m’a fortement recommandé de ne pas porter des leggings pour aller au gym du travail car en étant dans un milieu d’hommes il risquait d’avoir des conséquences de catégorie animale, donc les filles ne doivent pas faire exprès.


Je pense à un coéquipier de soccer à 15 ans qui m’a soufflé dans l’oreille qu’il espérait que je fasse l’amour aussi intensément que je jouais et qui supposait que j'étais une grosse cochonne au lit.


Je pense à moi, à 14 ans quand mon "copain" a inventé à ses amis que nous avions couchés ensemble et qui m’a laissé peu de temps après (Je jouais encore aux Polly Pockets).


Je pense à mon père d’accueil, lors de mon immersion à 17 ans, qui a verrouillé la porte de ma chambre, s’est assis sur mon lit, mis une main sur ma cuisse gauche, m'a offert une perle Pandora et m’a expliqué qu’il aimerait tromper sa femme avec moi.


Je pense aux gars qui avaient une banque photo des plus beaux « culs » de l’école et qui nous photographiaient à notre insu.


Je pense à mon réflexe le soir de mettre mes clés entre mes doigts en étant prête à me protéger si jamais je me fais agresser.


Je pense au secondaire quand tout le monde savait que des "nudes" circulaient, mais rien n’était mis de l’avant pour s’occuper des personnes en question.


Je pense aux sifflements dans la rue, surtout ceux le soir. Aux ruelles dans lesquelles je ne m'aventure jamais.


Je pense à nos sœurs, nos amies, nos connaissances, nos idoles qui ne l’ont pas eu facile. Quand mes amies me racontent banalement ce qui vient d'arriver, quand elles me demandent d'aller aux toilettes avec elles, quand elles pleurent, quand elles ont peur d'aller à une soirée par crainte de croiser un fatiguant qui ne les lachent pas. À leurs histoires gardées secrètes, par gêne, par honte. 


Je pense aux millions de téléspectateurs de Games of Thrones où les scènes de viols sont des moments attendus à travers les saisons.


Je pense aux règlements, politiques et codes vestimentaires pour protéger les jeunes filles à la place d'éduquer les petits garçons (elles doivent faire attention aux prédateurs, car on dirait que ça ne s'apprend pas le savoir-vivre).


Je pense au monsieur pervers à une plage de ma ville qui a demandé à ma sœur mon numéro pour me proposer de faire un « tripe à trois ». À celui qui a bu, un verre de trop, la chemise déboutonnée, m'agrippe par le bras et me demande si je suis célibataire.



Malgré cette brève énumération, il ne m’est rien arrivé d’anormal. C’est tout simplement des choses qui se passent quand tu es une fille.


Je ne veux pas de filles, car je ne veux pas qu’elles vivent dans un monde où se faire agresser semble être une norme secrète. Je ne veux pas qu’elles vivent ce que j’ai vécu. Mais, moi, je n’ai rien vécu...


Eliza xx


ps. le but de ce texte est de pointer des choses qui arrivent à chacune d'entres nous ou presque et qui (moi la première) n'a jamais nécessairment considéré que c'était grave étant donné que ca arrive à tout le monde. Les petits gestes s'accumulent et blessent quand même.


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